Dimanche 10 décembre 2006
Aujourd'hui spécialement pour vous, j'ai un scénario de bon vieux sitcom américain à vous raconter... si, si l'histoire incroyable qui n'arrive que dans les films ou qui est arrivée à "l'amie du cousin de la tante de votre collègue de bureau".
Vendredi, nous étions le 1er Décembre. Comme tout bon 1er qui se respecte, on allège son compte en banque d'une certaine somme qui, théoriquement, nous assure d'avoir un toit sur la tête pour le prochain mois. Jeudi soir, je retire donc mes 440$ de loyer, que je mets dans une enveloppe dans mon sac à main au pied de mon lit, dans le but de les donner à Coloc le lendemain matin pour qu'elle paye le loyer au manager.
Le lendemain, Vendredi matin donc, je me réveille... plus d'enveloppe dans le sac à main! Je commence déjà à stresser, mais me dis que je vais attendre le soir pour m'expliquer avec Coloc. Je passe quand même une journée du Vendredi stressée à me demander ce qu'il va advenir.
Retour à mon doux foyer vendredi soir et en un coup d'oeil je pressens le pire. Affaires de Coloc emballées, lit défait, ses bijoux embarqués.... Coloc va se barrer; avec mon argent, m'abandonnant avec l'appart et le bail sous les bras.
Coup de fil à Jeanne qui se jette hors du bus "PUTAIN PUTAIN!!!". ... elle est accourue au coup de sifflet bref pour m'assister dans ma detresse.
Constatation des faits avec le manager. Les stagiaires de l'AF passent la soirée chez moi elles aussi, puisque pas moyen de quitter l'appart, l'autre ayant les clés.
Par terrre dans sa chambre on trouve une lettre destinée à sa mère donnant quelques détails supplémentaires : plus de job, plus d'argent, tout perdu au casino... et un numéro de téléphone. Tentatives désespérées et désespérantes de joindre l'ennemi, qui rappelle en ne disant rien à l'autre bout, sa seule manifestation réelle étant un sms "no not moving. Havent seen your money". Jeanne reste dormir.
Samedi matin. On fouille dans les deux cartons qui restent dans la chambre pour découvrir en vrac :
- des factures internet et electricité non payées
- des demandes de visite à la prison de Dublin en Californie pour une personne qui n'est autre que... sa mère.
- une décision de justice empêchant un homme d'approcher Mlles Baileen et Sierra (=coloc) Casson à plus de 700m.
- du crak dans un cendrier.
- une lettre mère/grand-mère disant que le père a abusé des filles
- un échange de message Sierra/copain (nouveau copain) qui dit "je fais ce job, c'est mon choix, mais tu restes le seul" + autres allusions qui laissent croire que la demoiselle se prostitue.
Conversation msn : elle serait sur l'île de Vancouver, sa soeur aurait eu un accident de voiture, elle revient à 7pm... et oui elle a mon argent, elle paiera tout.
Méfiante, je fais tout de même mes baggages en deux temps trois mouvements pour transvaser mes affaires de chez moi à chez Marion, qui habite dans le building en face, laissant toujours quelqu'un dans l'appartement.
Je commence aussi à tourner en rond dans ma cage.
Le soir à 9:30pm, Coloc n'a pas daigné pointer le bout de son nez, on décide donc d'aller demander conseil à la police avec Jeanne, laissant pour la 1ère fois l'appartement sans surveillance.
Faisons ici une aparte sur le "cop" typique qui nous accueille. Bedonnant, au fond de son commissariat à la lumière glauque, pendant une garde triste du samedi soir, il abandonne avec regret son sandwich gras pour nous écouter avec un petit sourire en coin... pour finir par nous annoncer "Vous n'avez aucune preuve, c'est une histoire privée, je ne peux absolument rien faire pour vous"
Premier craquage.
Retour chez moi.
Deuxième craquage.
En effet, on est accueillies dans mon appart par la porte de coloc entrouverte, les quelques affaires qui restaient volatilisées, la lumière bleutée de la télé sur chaine "vidéosurveillance" éclairant l'appart.
On appelle donc la police pour porter plainte. Elle viendra le lendemain.
Ma grande soeur m'assiste encore et reste dormir.
Dimanche, réveil à 8h par appel de la police. Je résume vite fait "Je comprends rien à ce que vous me dites avec votre sale accent de française, un policier francophone rappelera demain".
Conversation avec coloc sur msn : elle inverse l'histoire, c'est moi qui ait plié mes affaires et qui vais me barrer, c'est moi qui vais avoir des problèmes avec le manager et la police.
N'ayant plus rien à faire chez moi, je vais passer l'après'm sur Kits, pour revenir en fin d'après'm voir mon manager avec Jeanne.
Ce dernier me réconcilie enfin avec les membres de la race humaine qui ne sont pas mes amis. Il nous offre des verres et me confie qu'a priori je peux me barrer de cet appart en y laissant "seulement" ma caution. J'avoue que ça me fait une grande bouffée d'air, première bonne nouvelle du WE.
Lundi :
Je range le reste de mes affaires en attendant la police avec Jeanne.
Mais que fait la police?
Toujours pas de police, on décide de faire une reconstitution des faits et de la psycholgie de l'individu en se bouffant un Mc Do bien gras Jeanne et moi, dans la chambre à l'odeur de cigarette froide de ma coloc en regardant la télé.
La police ne viendra pas...
Je passe la soirée à déménager mes affaires qui restent chez Marion, qui n'a plus 1cm² à elle dans sa chambre à présent.
Je rends mes clés au manager
Je vais chez Jeanne, pour continuer à squatter la chambre d'amis.
Un policier (ironie du sort, le même que Samedi soir) vient prendre ma plainte.
Bilan : J'ai plus de logement fixe, mais à en retrouver un. J'ai perdu une certain somme d'argent. J'ai porté plainte auprès de la police canadienne. Je dois affronter le terrible Geffroey, coloc de Jeanne, qui est malheureusement le seul à ne pas me prendre en pitié. J'ai droit à entrer personnellement dans le bureau de M Le Consul Général de France à Vancouver pour conter mes malheurs et me faire inviter à la résidence. J'ai des affaires disséminées partout entre le consulat, chez Marion et chez Jeanne...
... Mais depuis j'ai retrouvé une belle maison sur Kits, avec 3 colocs, c'est grand et très beau, je m'installe la semaine prochaine!
1) impressionnée par cette investigation rondement menée, une efficacité légentaire quant à la gestion de la crise!
2) epoustoufflée par une telle situation!!
Contente de voir tout de même que tu as su retomber sur tes pattes.
Bonne continuation dans ta vie expat